La direction artistique de cet évènement est tenue par M. Claude-Henri SELLES.

Quand le silence libère la pensée

Les œuvres de Raoul Ubac paraissent exister de la fascination évidente de l’homme à la nature, à la création du monde. Telles des traces de soc dans la terre meuble, les sillons omniprésents, s’épanouissent dans l’iconographie de son art. Ils semblent s’influencer les uns par rapport aux autres à la manière des couches sédimentaires que l’on peut observer dans les coupes du sous-sol terrestre : les compressions lentes ne blessent pas les formes mais les modulent sans violence, leurs donnant accès à une nouvelle vie, plus formelle, faite de retenue, voire d’humilité. La palette sombre décline une vision abstraite et grave de cette nature. Nul ne sait comment naissent ces interactions. Sont-elles des effets de la spontanéité, de la candeur de l’artiste vis-à-vis du monde ou au contraire, ne reflètent-elles que la propre image de sa pensée ?
Finalement ses compositions pour minimalistes qu’elles soient, s’expriment à la manière de la poésie qui prend son sens très ouvert par le dépouillement des mots et le charme d’une combinaison particulière. Cette démarche très personnelle refoule l’académisme du patrimoine abstrait, né de l’héritage de l’art, de son histoire et de son évolution.
« Quand la pensée personnelle devient universelle », pourrait-on écrire pour définir ce nomade de la création. Il s’émerveille de la puissance suggestive des formes à la manière de l’enfant qui laisse vagabonder sa pensée, tandis que ses doigts épousent les contours du bois sculpté dans le lit de ses grands-parents. Il est peut-être nécessaire de vivre pleinement une sorte de moment de relâchement de l’esprit pour accéder au sens de l’œuvre de Raoul Ubac.

C’est un travail primitif et synthétique qu’il offre au regard du monde. Point de décor, ni d’ornement ne vient définir un quelconque contexte d’inspiration. La mère nature offre des éléments formels qu’il faut réimaginer ou deviner.
Le raffinement des couleurs atones vibre parfois de la matière qu’il utilise, sorte d’enduit minéral reproduisant des effets de terre. Raoul Ubac est assurément, un artiste abstrait, du fait même de la figuration du monde qu’il décide de nous révéler. Il sait que son oeuvre d’artiste et d’homme doit s’exprimer à propos du monde plutôt que dans la reproduction de ce monde. Il fragmente donc à dessein ces lignes et leurs donne un sens presque monacal. Il nous suggère une beauté supérieure en quelque sorte. S’il ne s’approche pas trop près de la nature, c’est qu’il ne veut pas prendre le risque de la desservir, de trop en faire, sans pouvoir revenir en arrière. Il sait que la nature participe tel un ingrédient primaire et permanent dans ses créations.
L’œuvre de Raoul Ubac arrive à nous dire cela par l’atmosphère née de la singularité des images en construction, jamais en déconstruction comme le font beaucoup d’artistes. C’est à distance, sans trop s’approcher du monde, qu’il nous dessine, nous destine ses pensées. Cette écriture artistique peu bavarde nécessite d’aller à son devant, tout en se laissant nous-même aller, sans vouloir décoder le mécanisme des choses de son art. Le silence est une composante magistrale de son œuvre.

Domestiquer le trait, lui donner une charge émotive forte, telle a été son doute l’obsession artistique de Raoul Ubac. Il y a un peu du rêve de Dieu dans cette problématique de la puissance de l’affirmation, en opposition à l’économie de l’écriture. Son œuvre serait un genre d’immense rébus, un puzzle géant, mettant en perspective ses traces de différentes tailles, parties composantes d’un nouvel ensemble et traits de sa réflexion.

Quelles que soient les techniques utilisées par Raoul Ubac, son œuvre si personnelle et homogène, existe aussi par son humanité. Un peu comme on se comporte vis-à-vis de personnes âgées que l’on admire, un préalable se pose en terme de respect pour cette œuvre quand il s’agit de l’approcher. Cet artiste exprime son intimité avec beaucoup de pudeur, de réserve, et non pas de distanciation, laissant à l’autre le soin d’engager de sa propre initiative, toute démarche du rapprochement.
Les compositions de Raoul Ubac communiquent de manière assagie, sans effet de manche. Si l’ardoise est marquée d’un trait plutôt affirmé, la brutalité apparente s’estompe alors au profit d’un arrondi lui apportant une légèreté d’ensemble. Dans l’œuvre tissée, la consignation affirmée de ses travaux dessinés apparaît clairement. La symbolique de la matière apporte cependant une idée nouvelle née de l’histoire, qui associe le mythe du tissu à l’errance et à l’exil. C’est l’œuvre que l’on emporte avec soi à l’inverse de la pierre qui est l’œuvre qui reste. Ses tapisseries sont des mises en image d’autres images et contribuent véritablement par leur silence à la concentration et à l’introspection.

Les artistes savent par nature donner du sens à ce qui semble du domaine de l’insignifiant dans ce qui nous entoure et que l’on ne remarque pas nécessairement. L’œuvre de Raoul Ubac nous apparaît plus secrète que beaucoup d’œuvres parmi celles de ses contemporains. En fait, elle distille son sens en utilisant différentes focales. Au spectateur de décoder si l’envie lui prend, ou tout simplement, s’il se sent happé par son énergie tellurique.
Le vingtième siècle a révélé de singuliers génies ; Raoul Ubac en fait partie sans l’ombre d’un doute, avec une certaine aristocratie.

CHS/Juin 2010

Bruno Guihéneuf

Bruno Guihéneuf

Depuis 20 ans, Bruno Guihéneuf fait dialoguer la pierre, le bois et le métal, parfois l'eau, le verre ou la lumière, alliant le brut au précieux.

Il présente ici des sculptures d'ardoise de la série " Flux " qui sont les recherches du moment, clin d'oeil ...

Lire la suite

Patrice Lebreton

Patrice Lebreton





« L’Age de porcelaine »

D’un voyage allant de mes expériences de cuissons primitives aux cuissons des plus hautes températures, j’ai rapporté ces contrastes.
La terre marquée par le feu, enfumée, brute et noircie accueille en son centre la blancheur de la porcelaine. C’est comme la ...

Lire la suite

BAP

BAP






Le travail du plasticien Philippe Ben-Ahmed, dit « bap », laisse la place entière à la beauté du fragile.
Ainsi, dans tous les types de formes ou de matériaux qu’il aborde des histoires se racontent, se livrent dans une expression très directe.
Dans ses travaux récents, ...

Lire la suite

Hervé ROCHE

Hervé ROCHE






Depuis plus de dix sept ans, les peintures d'Hervé Roche interrogent le paysage. Des premières prises de vue par cerf volant, aux réappropriations de plans ou aux cartes inventées, le peintre s’attache toujours à questionner l’homme et son rapport physique au monde. Le paysage est vu ...

Lire la suite

Jacky BESSON

Jacky BESSON







L’œuvre de Jacky BESSON a à voir avec l’espace et le temps. Sorte de rappel métaphysique d’une modernité d’où les dieux se sont, depuis belle lurette, retirés. Avec les pieux de schistes, nous sommes là dominés par ces pierres anthropomorphes et sombres. La patine du ...

Lire la suite

François Weil

François Weil







Il utilise, en assemblage, certains des matériaux classiques de la sculpture, tels que le marbre noir de Belgique, le marbre bleu de Belgique, ou le granit de Brusvily, ainsi que des pierres plus communes comme la pierre de Volvic ou l'ardoise de Trélazé. Il organise ou ...

Lire la suite

Jean-Pierre ABEL

Jean-Pierre ABEL







Texte pour Jean-Pierre Bréchet, par Pierre Bergounioux, écrivain, Lauréat du prix Alain Fournier
L'art a conquis, voilà un siècle et demi, son autonomie. Les peintres se sont affranchis de la tutelle du trône et de l'Eglise, des académies, des magnats de la finance, des capitaines d'industrie. ...

Lire la suite



Laissez votre commentaire